Du 2 au 9 décembre 2006, une mission d’évaluation sur le terrain des
activités du projet de collaboration entre le Mouvement pour la Solidarité
Internationale (MSI) et la Confédération générale des Travailleurs de
Mauritanie (CGTM) a conduit nos collaborateurs dans les régions
mauritaniennes du Trarza, du Gorgol et de l’Inchiri.
N BA Ali Moctar, chef de projet en Mauritanie a rencontré des femmes
syndicalistes, présidentes d’Unités de Gestion de micros projets, et
auxquelles sil a posé quelques questions. Ce mois-ci, il donne la parole à
Fatimata Moussa Djiggo, une femme maraîchère, syndicaliste affiliée à la
CGTM et présidente de l’Unité de Gestion d’un moulin à grains à Rosso,
capitale de la région du Trarza.
Quand et comment avez-vous adhéré au syndicat ?
FMD :
En octobre 2003, à la suite d’une mission de la CGTM à Rosso dans le cadre
d’un projet de syndicalisation des femmes. Quelques mois avant cela je ne
voyais pas l’intérêt d’adhérer au syndicat: je ne suis employée par
personne, je n’ai pas de salaire ou avantages à défendre auprès de qui que
ce soit. En septembre, la CGTM a organisé des sessions d’information qui
m’ont révélé que même n’étant pas employée d’une entreprise je pouvais
m’affilier au syndicat, qui pourrait m’aider à améliorer ma situation
économique et sociale et élever ma conscience. C’est ainsi qu’avec d’autres
femmes qui vendaient des légumes et autres produits de consommation nous
avons acheté des cartes syndicales pour être membre de la CGTM.
Après votre adhésion, qu’est-ce qui s’est passé ?
FMD :
Avec nos responsables de la CGTM, nous avons commencé à réfléchir sur la
manière dont le syndicat pourrait nous être utile et comment nous pourrions
être utiles au syndicat. Après plusieurs mois d’études et de réflexion, nous
avons organisé des groupes ayant des activités similaires pour mettre en
commun nos modestes moyens, identifier une activité et demander au syndicat,
dans le cadre de la coopération avec la CGSLB, de nous aider à réaliser
cette activité. Parmi toutes les activités répertoriées, nous avons retenu
l’achat et l’exploitation d’un moulin à grain d’une décortiqueuse de riz.
Notre requête a heureusement reçu une suite favorable après le passage en
2004 du responsable MSI, André Bruyneel, qui a constaté le degré de
mobilisation des femmes et leur dynamisme dans les activités de la CGTM à
Rosso.
Ainsi, un groupe de 50 femmes à Rosso a bénéficié d’un moulin à grain et un
autre groupe de 50 femmes aussi à R’Kiz, un département à 100 km de Rosso, a
bénéficié d’une décortiqueuse de riz.
Comment avez-vous démarré l’exploitation de ce moulin ?
FMD :
D’abord en matière de finances, comme le MSI paie les machines, les autres
frais comme la location des lieux, les frais d’installation et un petit fond
de roulement de départ ont été pris en charge par la CGTM et les femmes
bénéficiaires qui ont cotisé chacune 2.000 UM. Nous avons ensuite désigné un
comité de gestion qui supervise toutes les opérations et qui a bénéficié
d’une formation élémentaire de la part de la CGTM sur les méthodes de
gestion et d’organisation de ce microprojet. Le comité, qui a été dénommé
Unité de Gestion, a fait recruter un opérateur pour le moulin et organisé
les femmes en groupes qui se relayent pour les activités, de sorte que
chacun met main à la pâte. A la fin du mois, nous payons toutes les charges
et le reste est versé sur un compte bancaire. De ce montant qui reste, nous
contribuons au paiement du loyer du siège de la coordination de la CGTM,
nous finançons la réparation des pannes et nous distribuons aux membres des
montants pour faire face à certains événements (fêtes, ouverture des écoles,
cas sociaux particuliers, etc.).
Quel bilan tirez-vous de tout cela ?
FMD :
Dès le début de l’exploitation j’ai vu concrètement ce qu’on me promettait
en théorie : des femmes qui sont organisées et engagées ensemble pour
relever le défi de la survie, qui font preuve de solidarité et considère le
syndicat comme la source de leur nouvelle vie qui s’est considérablement
améliorée tant au plan économique, social qu’au plan de la prise de
conscience sur tout ce qui nous entoure. Et je profite de cette occasion
pour remercier la CGTM, nos amis et partenaires belges pour tout ce qu’ils
ont fait ; ils nous ont ouvert les yeux pour gagner une vie meilleure. Un
autre groupe de 50 femmes vient de commencer la mise en valeur d’un jardin
maraîcher ici à Rosso et toujours avec le financement de nos amis belges
d’une motopompe, de grillage et de tuyau et les bénéficiaires ont complété
le reste par leurs cotisations.
Je lance un appel aux femmes travailleuses pour qu’elles adhèrent en masse
au syndicat si elles veulent améliorer leurs conditions d’existence.
Propos recueillis par M. BA Ali Moctar
Chef de projet en Mauritanie |